Le 26 mai 2026, la loi n° 2026-403 dite de simplification de la vie économique a été promulguée et publiée au Journal officiel du 27 mai 2026. Son titre X modifie plusieurs règles du statut des baux commerciaux, en vigueur depuis 1953 et réformé en dernier lieu par la loi Pinel de 2014.

Depuis lors, praticiens et experts-comptables continuent d'en diffuser l'analyse. Si vous êtes locataire d'un local commercial, artisanal ou de services, plusieurs de ces mesures s'appliquent déjà à votre bail en cours.

L'essentiel : Depuis le 28 mai 2026, tout locataire d'un local commercial, artisanal ou de services peut exiger de payer son loyer chaque mois au lieu de chaque trimestre, à condition d'être à jour de ses loyers et charges. Le montant total des garanties exigées par le bailleur (dépôt de garantie, caution, garantie autonome…) est désormais plafonné à un trimestre de loyer, et le dépôt doit être restitué dans les trois mois suivant la remise des clés. Ces règles s'appliquent aux baux en cours pour la mensualisation ; le plafonnement ne vaut que pour les baux conclus ou renouvelés depuis le 26 mai 2026.

MENSUALISATION DU LOYER : UN DROIT QUE VOUS POUVEZ EXERCER MAINTENANT

Avant la réforme, la quasi-totalité des baux commerciaux prévoyaient un loyer payable trimestriellement et d'avance. Pour une TPE ou un artisan, cela représente souvent trois mois de loyer à débourser d'un coup, ce qui pèse sur la trésorerie.

L'article 62 de la loi crée un nouvel article L. 145-32-1 du Code de commerce. Il reconnaît à tout locataire exerçant une activité de commerce de détail ou de gros, ou de prestation de services à caractère commercial ou artisanal, le droit d'exiger le basculement en paiement mensuel. Le bailleur ne peut pas refuser, même si le bail prévoit le contraire.

Condition impérative : vous devez être à jour de vos loyers et charges au moment de la demande. Si vous avez un arriéré de loyers ou de charges, qu'il soit contesté ou non, le bailleur peut légalement refuser la mensualisation jusqu'à régularisation.

La mensualisation prend effet à la première échéance de paiement qui suit votre demande. Faites-la par écrit (lettre recommandée avec accusé de réception ou courriel avec accusé de lecture) pour conserver une preuve de la date.

Cette mesure s'applique aux baux en cours à la date de promulgation de la loi, c'est-à-dire le 26 mai 2026. Vous n'avez pas à attendre le renouvellement de votre bail.

DÉPÔT DE GARANTIE ET SÛRETÉS : LE PLAFOND EST D'UN TRIMESTRE DE LOYER

La loi modifie l'article L. 145-40 du Code de commerce. Elle plafonne à un trimestre de loyer (hors taxes) le montant total des garanties que le bailleur peut exiger. Ce plafond est cumulatif : il vise l'ensemble des garanties, quelle qu'en soit la forme, dépôt de garantie classique, cautionnement personnel, caution bancaire, garantie autonome à première demande.

En pratique, cela veut dire que si votre bailleur détient déjà un dépôt de garantie équivalent à deux mois de loyer, il ne peut pas vous réclamer en plus une caution bancaire d'un montant tel que le total dépasse un trimestre.

Ce plafonnement s'applique uniquement aux baux conclus ou renouvelés après le 26 mai 2026. Si votre bail a été signé avant et n'a pas encore été renouvelé, cette limite n'est pas rétroactive sur le montant déjà versé.

Restitution du dépôt : trois mois maximum après la remise des clés

Que votre bail ait été signé avant ou après la réforme, cette règle s'applique dès lors que vous remettez les clés après le 26 août 2026 : le bailleur dispose d'un délai maximum de trois mois à compter de la remise des clés pour vous restituer le dépôt, après déduction des sommes éventuellement dues. Pour les autres garanties (caution bancaire, par exemple), le délai est de six mois.

Jusqu'à présent, aucun délai légal n'encadrait cette restitution, ce qui pouvait bloquer des fonds pendant plusieurs mois après la fin du bail.

CLAUSE TUNNEL SUR L'INDICE : ENCADRER LES HAUSSES ET LES BAISSES DE LOYER

La révision annuelle d'un loyer commercial est indexée sur l'indice des loyers commerciaux (ILC), publié chaque trimestre par l'INSEE. En période de forte inflation, l'ILC peut progresser de plusieurs points par an, ce qui entraîne des révisions de loyer significatives.

L'article 62 de la loi autorise expressément les clauses dites « tunnel » : une clause prévoit que la variation annuelle du loyer indexé sur l'ILC ne peut dépasser un certain plafond, à la hausse comme à la baisse. Par exemple, une clause limitant la variation à ± 3 % par an, quel que soit le mouvement de l'indice.

Cette clause ne s'impose pas de plein droit : elle doit être négociée et inscrite dans le bail, lors de sa signature ou de son renouvellement. Si votre bail actuel n'en contient pas, vous pouvez en proposer l'insertion à l'occasion du prochain renouvellement.

Pour un locataire, cette clause protège contre les fortes hausses de l'ILC. Elle présente aussi un intérêt pour le bailleur, qui se prémunit contre une chute brutale si l'indice repassait en territoire négatif. La symétrie est une condition de validité : la clause doit jouer dans les deux sens, avec les mêmes proportions à la hausse et à la baisse.

DROIT DE PRÉFÉRENCE EN CAS DE VENTE DU LOCAL : CE QUI CHANGE

Le droit de préférence (instauré par la loi Pinel de 2014) permet au locataire d'être prioritaire pour acheter le local qu'il exploite si le propriétaire décide de le vendre. La loi de simplification en redéfinit le périmètre.

L'article 61 de la loi restreint ce droit aux locaux destinés, à titre principal, à une activité de commerce de détail ou de gros, ou de prestations de services à caractère commercial ou artisanal. Les locaux à usage exclusif de bureaux et les entrepôts en sont désormais expressément exclus.

Pour les ventes intervenues après le 26 mai 2026, si vous êtes locataire de bureaux ou d'un entrepôt sous bail commercial, vous ne pouvez plus invoquer ce droit de préférence légal en cas de vente du bien.

Par ailleurs, un arrêt de la troisième chambre civile de la Cour de cassation du 17 septembre 2026 (n° 24-21.650, publié au Bulletin) a précisé que le délai de prescription de deux ans pour agir en nullité d'une vente réalisée sans respect du droit de préférence court à compter du jour où le locataire a connaissance de la vente. En pratique, si vous apprenez qu'un bien a été vendu sans que vous ayez été informé, vous disposez de deux ans à compter de cette information pour contester la vente.

RÉCAPITULATIF : CE QUI S'APPLIQUE À VOTRE BAIL ET À QUELLE DATE

Mesure Baux concernés Date d'effet
Mensualisation du loyer sur demande du locataire Tous baux en cours (y compris antérieurs au 26 mai 2026) 28 mai 2026
Plafonnement des garanties à un trimestre de loyer (toutes sûretés cumulées) Baux conclus ou renouvelés après le 26 mai 2026 28 mai 2026
Restitution du dépôt dans les 3 mois après remise des clés Tous baux, si remise des clés après le 26 août 2026 26 août 2026
Clause tunnel autorisée sur l'ILC (indexation plafonnée à la hausse comme à la baisse) Baux conclus ou renouvelés après le 26 mai 2026 28 mai 2026
Exclusion des bureaux et entrepôts du droit de préférence légal Ventes intervenant après le 26 mai 2026 26 mai 2026

Ces informations sont issues du texte de la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026, disponible sur Légifrance, et de la page officielle du ministère de l'Économie récapitulant ses effets sur les entreprises.

PÉNALITÉS DE RETARD DE LOYER ET CGV : LE TAUX À CONNAÎTRE EN 2026

Cette réforme est également l'occasion de rappeler un chiffre qui concerne tous les dirigeants de TPE et PME, qu'ils soient locataires ou qu'ils facturent d'autres professionnels : le taux plancher des pénalités de retard entre professionnels.

Ce taux est calculé sur la base du taux d'intérêt légal en vigueur. Pour le second semestre 2026, ce taux a été fixé à 2,75 % pour les créanciers professionnels par l'arrêté du 26 juin 2026, publié au Journal officiel du 30 juin 2026. Le plancher légal des pénalités de retard entre professionnels (trois fois le taux légal, conformément à l'article L. 441-10 du Code de commerce) est donc de 8,25 % depuis le 1er juillet 2026 (contre 7,86 % au premier semestre 2026).

Si vos conditions générales de vente mentionnent un taux de pénalités inférieur à 8,25 %, elles ne sont pas conformes depuis le 1er juillet 2026. Vérifiez cette mention et mettez-la à jour. L'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 € par facture impayée reste, elle, inchangée.

CE QUE VOUS POUVEZ FAIRE DÈS MAINTENANT

QUESTIONS FRÉQUENTES

Mon bail a été signé en 2020. Puis-je demander la mensualisation du loyer ?
Oui. La mensualisation s'applique à tous les baux commerciaux en cours à la date de promulgation de la loi, soit le 26 mai 2026. Vous n'avez pas à attendre le renouvellement. Il suffit d'adresser une demande écrite à votre bailleur, à condition d'être à jour de vos loyers et charges.
Mon bailleur peut-il refuser la mensualisation en invoquant une clause du bail ?
Non. Le droit à la mensualisation est d'ordre public : toute clause du bail qui y ferait obstacle est réputée non écrite. Le seul motif légitime de refus est l'existence d'arriérés de loyers ou de charges, qu'ils soient contestés ou non.
J'ai versé un dépôt de garantie équivalent à six mois de loyer lors de la signature de mon bail en 2022. La loi m'oblige-t-elle à récupérer la moitié ?
Le plafonnement à un trimestre ne s'applique qu'aux baux conclus ou renouvelés après le 26 mai 2026. Pour un bail signé en 2022, non encore renouvelé, le montant versé reste acquis au bailleur jusqu'au renouvellement. À ce moment-là, vous pourrez exiger l'alignement sur le nouveau plafond.
Qu'est-ce qu'une clause tunnel et dois-je en demander une ?
Une clause tunnel est une stipulation contractuelle qui encadre la variation annuelle du loyer indexé sur l'indice des loyers commerciaux (ILC), à la hausse comme à la baisse, dans les mêmes proportions, par exemple ± 3 % par an. Elle protège contre les hausses brutales de l'indice. Elle n'est pas automatique : elle doit être négociée et inscrite dans le bail, idéalement lors de sa signature ou de son renouvellement.
Je suis locataire de bureaux sous bail commercial. Ai-je encore un droit de préférence si mon propriétaire vend ?
Non, depuis le 26 mai 2026. La loi de simplification exclut expressément les locaux à usage exclusif de bureaux et les entrepôts du droit de préférence légal. Ce droit ne subsiste que pour les locaux à usage commercial ou artisanal au sens strict. Si vous avez contractuellement négocié un droit de préférence dans votre bail, celui-ci reste valable.

SOURCES

  1. LOI n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique Légifrance · 27 mai 2026
  2. Loi de simplification de la vie économique : ce qui change pour les entreprises economie.gouv.fr · 28 mai 2026
  3. Article 62 — LOI n° 2026-403 du 26 mai 2026 (baux commerciaux, mensualisation, garanties) Légifrance · 27 mai 2026
  4. Dossier législatif — Loi de simplification de la vie économique (n° 2026-403) Sénat · 27 mai 2026
  5. Taux d'intérêt légal pour le 2d semestre 2026 LégiFiscal · 30 juin 2026
  6. Droit de préemption Pinel : vente révélée, prescription déclenchée — Cass. 3e civ., 17 septembre 2026 Gide Loyrette Nouel · 17 septembre 2026

Article de veille préparé avec l'aide d'un outil d'intelligence artificielle à partir des sources citées, puis vérifié contre ces sources. Informations à jour au 19 octobre 2026. Il ne remplace pas l'avis de votre expert-comptable ou de votre conseil juridique pour une situation particulière.

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